Le modèle d'orientation


Le modèle : le life designing

 
Comment s'orienter quand nos aspirations sont incertaines, l'avenir opaque et le chemin pas très bien balisé ?

La solution est d'accepter que l'avenir soit ouvert, qu'il ne se réduit pas à un choix initial décisif, mais sera une construction permanente, où des motivations multiples se façonnent au fil du temps en traçant leur voie dans un champ de possibles. Tel est le point de départ de ce que certains théoriciens de l'orientation nomment le life designing (la construction de sa vie). Dans un numéro de L'orientation scolaire et professionnelle (OSP) neuf chercheurs, de sept pays d'Europe et des Etats-Unis, signent une sorte de manifeste pour cette nouvelle conception de l'orientation.
 
Le modèle du life designing repose sur plusieurs présupposés : les possibilités d'orientation sont liées au contexte (autrement dit, elles ne peuvent se construire in abstracto, à partir des motivations et aptitudes). L'orientation est ensuite conçue comme processus (et non un choix décisif et initial), sa progression n'est donc pas linéaire, les perspectives sont multiples et elle doit prendre en compte les configurations individuelles.
 
A partir de là, l'orientation relève d'une perspective "constructiviste". L'intervention du conseiller d'orientation s'inscrit dans une optique au long cours, intégrant les expériences du sujet, la mise en récit de sa vie ; cette approche se veut holistique dans la mesure où elle ne prend pas en compte qu'une perspective scolaire et professionnelle mais les autres dimensions de l'existence : familiale, projets personnels, etc.
 
Le nouveau modèle du life designing est plutôt bien accueilli par les chercheurs du domaine, qui saluent les nouvelles perspectives pour la profession. Mais certains ne se privent pas de pointer une faiblesse majeur. Pour Valérie Cohen Scali et Alain Kokosowski, si le modèle est théoriquement séduisant, son application pratique se heurte à quelques évidences. Le conseiller d'orientation a-t-il vraiment les moyens de suivre au long cours le parcours des élèves et étudiants ? Est-il à même de sortir du cadre des choix scolaires et professionnels pour envisager avec l'orienté le "contexte personnel" et donc souvent intime dans lequel s'effectuent ses choix ? Peut-il se muer en une sorte de conseiller de vie qui accompagnerait l'élève, l'étudiant au cours de ce long parcours semé d'épreuves et d'embûches qu'est la vie ?
 
Jean-François Dortier
Dans "Le changement personnel, histoire, mythes, réalités" sous la direction de Nicolas Marquis Editions Sciences Humaines 2015


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